stella cadente

Les étoiles filantes sont évanescentes, précieuses lueurs dans l'infini...

vendredi 11 juillet 2008

Souvenir(s)...

havane

Souvenirs de fleurs de la Havane
...
Je me souviens, d'un bouquet-surprise livré à la Clinique un jour de chimiothérapie
qui m'avait redonné le sourire malgré les brumes médicalisées ...

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mercredi 23 avril 2008

Paula -3-

Le mari de Colette était médecin, et chose curieuse, il refusait d'entendre parler de la maladie de sa femme à la maison; elle ne pouvait donc jamais partager ni ses peurs, ni ses souffrances et son coeur était en miettes de ce pire qui l'accablait. Elle avait essayé tous les traitements alternatifs possibles pour empêcher les métastases de continuer leur oeuvre morbide. Sans succès. 'La science fait des progrès chaque jour' aimait elle nous rappeler.

Pourtant à chaque réunion, elle déclinait. Elle rapetissait. Un jour elle allait disparaître si la science ne se précisait pas au plus vite. Et on ne la verrait plus. Plus du tout. Plus jamais!

La dernière fois qu'elle est venue au groupe de parole, sa vue avait baissé, 'c'est l'âge' lui avait dit son oncologue, elle avait tout juste 45 ans; je me souviens comme si c'était hier, elle cherchait ses mots, recommençait ses phrases, nous parlait d'un produit miracle particulièrement ruineux 'mais pour la santé on ne compte pas' se justifiait elle aussitôt, puis elle souriait doucement.
Ensuite elle n'est plus venue.

Alors je lui ai téléphoné deux ou trois fois, cela lui était une joie, j'étais une petite flamme au bord de son gouffre, et cela me serrait le coeur à moi de l'entendre mourir au bout du fil et à ne savoir quoi lui dire... Elle me répétait sans cesse que j'allais m'en sortir, que j'étais jeune et la vie devant moi. Moi muette, transpercée de l'entendre penser à mon bien dans sa discrète agonie, le fil du téléphone entortillé entre mes doigts, jusqu'à en avoir mal. Je ne l'ai plus appelé ensuite, trop douloureux, et je n'ai jamais eu le courage de demander 'Et Colette alors?'.

Je me suis trouvée tellement lâche, que j'aurai voulu l'oublier; et c'est ainsi que tout naturellement elle est venue hanter mes rêves, où je vois et revois encore ses yeux tristes et son doux sourire...

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mardi 22 avril 2008

Paula -2-

Il y avait une sorte de 'classification' entre nous: celles pour qui c'était la première fois -comme moi-, celles pour qui c'était la deuxième fois; arrivées là on comparait le nombre de mois ou d'années -pour les plus chanceuses- qui séparait la première fois de la rechute. Et on conjecturait, brodant les comparaisons.

Puis il y avait non pas un troisième groupe, mais un dernier groupe, celles dont le cancer s'était métastasé, et ne réagissait plus aux traitements. Là, on ne parlait plus de 'soins curatifs' mais 'soins paliatifs', on mettait à vif des souffrances qu'aucun médicament ne savait plus calmer, on ne parlait plus de guérir mais de partir sans trop trainer... Dans ces moments-là, je regardais par la fenêtre et m'attendait toujours le coeur en alerte à voir s'envoler quelques corbeaux.

Certaines, en échec thérapeutique, me crevaient le coeur avec leurs sanglots.
Anne était celle qui pleurait le plus et s'inquiétait de l'avenir de ses proches, de sa fille handicapée surtout 'que deviendra-t-elle la pauvrette?' et de tout ce qui lui échapperait bientôt, le dernier souffle rendu.

Elle organisait, méticuleuse, ses obsèques, et le placement de sa fille en institut, ce qui lui donnait plus de fil à retordre que tout le reste. Elle nous disait 'adieu, oh adieu' dans d'interminables effusions à chaque réunion, pour revenir à la suivante encore plus angoissée que jamais, se languissait d'en finir, puis pleurait de plus belle puisque la mort se moquait d'elle.

Puis un jour, j'appris qu'Anne ne viendrait plus pleurer, la mort avait 'enfin' pris soin de l'emporter sitôt sa fille placée.

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lundi 21 avril 2008

Paula

Paula, c'est à un groupe de parole consacré au femmes atteintes d'un cancer du sein, et à leurs proche, que je l'avais rencontrée. Des proches, il n'en venait jamais, mais des femmes 'en cancer', il y en avait une vingtaine peut-être environ, et nous nous réunissions deux fois par mois, encadrées par une thérapeute très douce, si éthérée qu'elle semblait un ange, et qui partait parfois méditer dans le désert saharien. 

Je me souviens de ces femmes : Yvonne, Marie-Do, Colette, Anne et Paula, et, toutes celles dont j'ai oublié le prénom. Leurs visages aux yeux tristes et résignés dansent dans mes rêves parfois la nuit. Je les écoutais parler de leur cancer, de leurs petites joies; ce dernier point surtout enthousiasmait particulièrement notre thérapeute et ragaillardissait par la même occasion le moral des troupes: Anne avait jardiné quelques minutes, des bulbes dans la terre encore dure de l'hiver, une embellie! Colette avait savouré une fraise, juste une, un matin de mai, une victoire sur la maladie qui l'avait vidée et qui lui avait retiré le goût de tout, et de la vie aussi. La plus hardie avait voyagé jusqu'à Paris rejoindre une amie, et visité le jardin tout en eau du château de Versailles! Un exploit!

On se congratulait, on se félicitait pour ces choses simples qu'on avait réussi à rendre importantes.

Et puis il y avait ces moments, que je redoutais toujours un peu, nombreux et poignants, où elles parlaient de traitements, de souffrance, de  peur, de corps qui lâchent, d'organes à l'agonie, de mort... Elles en parlaient avec des mots si précis que cela nouait la gorge, fronçait les sourcils. J'avais du mal à y croire moi, je me sentais si vivante...

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vendredi 7 décembre 2007

Gambetta-limonade

Une terrasse de café dans une petite ville du sud, c'est ma ville, celle où je n'habite plus mais qui me fait le même effet que le quartier d'Amélie Poulain, une sorte de nostalgie colorée et d'utopie irréelle. Nous étions en juin 2002 si mes souvenirs sont bons, il faisait déjà chaud, assez pour flâner en terrasse devant un gambetta-limonade avec une amie, le genre d'amie à qui on peut confier ses clefs de maison, c'est tout dire pour moi.

Les journées sont très longues en juin, j'adore ça, surtout que je sors tout juste de 6 mois de ténèbres, entre chimio-radio-thérapies et chirurgie. Je me sens 'autre', et aussi tellement friable soudain. Elle me dit qu'elle m'a trouvé très courageuse... Ah voilà courageuse, ce mot...là...il ne me corresponds pas vraiment... Lorsqu'elle se tait, je dis: "tu sais c'était difficile, je ne sais plus comment j'ai fait pour passer tout ça, mais je ne le ferai pas une deuxième fois, tu comprends? Je ne veux pas de deuxième fois! Si cela devait arriver encore [touche du bois], je sais quelles sont les ampoules à m'injecter pour choisir ma fin..."

Sur son visage, c'est un air affolé qui se peint, elle grimace, elle s'insurge, elle ne comprends pas à quel point je suis lucide et surtout tranquille en disant cela, elle pleure "mais enfin tu peux pas, il ne faut pas...", son émotion m'est étrangère, moi j'avais surtout besoin de m'assurer que je pouvais encore gouverner sinon ma vie, au moins ma mort...


Et la 'deuxième fois' a frappé à ma porte...
5 ans plus tard...

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mercredi 7 novembre 2007

L'écho du puits

A l'étage dans mon ancienne chambre, dans laquelle je ne souhaite plus dormir, j'ai retrouvé mes Kundera dans ma bibliothèque, avec la date d'achat que je mettais autrefois, l'estampille fière prouvant que cet ouvrage serait désormais 'mien', et la marque aussi de mon pouvoir d'achat, eh oui, un Kundera me réclamait des économies! ... Mon nom, la date, tiens là 1991, pour me souvenir plus tard, c'était mon voeu, tandis que j'imaginais quel regard je porterai sur cette estampille dans ce futur encore loin. Aaaah et là mes Lagarde&Michard!!! Payés 129 francs pièce, pffff qu'ils furent ruineux! Riiires!

Puis je me suis assise sur ce lit, dans lequel je ne dors plus depuis longtemps, immobile, observant les détails anodins de celle que j'avais été, un bric-à-brac de choses, un mélange des genres, là qui dépasse mon agenda 1992, et là le manuel de secours routiers '95, collés aux murs des posters de parois rocheuses où Edlinger s'arrache à la verticale...Et des cartons, quantité de cartons, emplis combles de toutes ces choses insignifiantes qui racontent une vie, des cartons pleins de mes vies qui s'étaient suivies, superposées, de mes vies que j'avais quittées, choisies, ou l'inverse, quelle importance...?

Mes 'vies'... [rire amer], m'en reste-t-il encore après?

Etrange sensation, un peu comme regarder au fond d'un puits pour y découvrir ou redécouvrir dans l'ombre des pierres sèches, et dans la sombre luisance de la flaque tout au fond, l'ombre du familier, les cercles concentriques d'un bâti au bord duquel l'on se recueille parfois, guettant l'écho...

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mercredi 19 septembre 2007

L'aveu forcé -3-

"Ils faut que tu leur dises!, ce sont tes parents: comment veux-tu qu'ils prennent place auprès de toi dans cette épreuve s'ils ignorent certaines choses? Tu ne peux pas progresser sur ton chemin de guérison si tu avances chargés par des secrets et des mensonges...!Tu vas les appeler tout de suite, et tout leur dire ... je suis là pour t'aider à le faire, il faut que tu le fasses...!"

Je l'écoute me sermoner, j'entends bien ce qu'elle me dit, et je sais qu'elle a raison. Mes parents ont bien le droit de savoir pleinement mais ... mais pffffff je ne me sentais pas prête!!! Préférant le poids du secret à l'insondable terreur de la trappe abyssale que j'allais leur ouvrir sous les pieds ...

Je n'ai pas su dire non, refuser, me défendre. Alors j'ai appelé mes parents. Nous nous sommes installés tous les quatre autour de la table, à une heure où nous n'avions pas l'habitude de nous y installer. J'ai la nausée. Et je m'entends leur dire
-est-ce moi qui parle?- que ma situation est bien plus grave que prévue, que je ne leur ai pas tout dit, et qu'en fait j'ai aussi des lésions osseuses, alors voilà -pauvre sourire- ... Papa inspire, la tête basse, le front tout plissé de ses rides de vieux, c'est qu'il est vieux mon père, ça me saute à la figure soudain, mon vieux papa, mon ancêtre à moi, je prie pour qu'il parte avant moi, car c'est aux enfants de porter leur parents à la terre, pas l'inverse... Maman cherche à contacter mes yeux, -pauvre sourire-, je laisse ses yeux toucher les miens, et me dire qu'elle s'en doutait bien... Elle a un beau sourire de mère pour moi, tellement rassurant, dans lequel je voudrais me noyer... Voilà c'est dit. Je devrai me sentir mieux non? Pas du tout, je me sens toute sale, laide, mal à l'aise de cet aveu forcé qui ne venait pas de moi, pas vraiment de moi, tandis que je n'étais pas prête...

Mon amie ne se doute pas de ce maëlstrom douloureux qui me hachure l'âme, elle m'invite à avancer vers ma guérison débarassée des lourdes chaines du secret.

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mardi 18 septembre 2007

L'aveu forcé -2-

Des voisins sont allés la chercher à l'aéroport, je suis très heureuse de sa présence, resserant fortement les liens de l'amitié qui s'étaient un peu distendus par l'éloignement, et le temps. Elle est là pour moi, pour m'aider. "Veux-tu guérir? Crois-tu en Dieu? Penses-tu qu'un miracle soit possible?" A toutes ces questions qu'elle me pose, je réponds oui, oui, et oui bien sûr! Mes réponses enthousiastes les yeux brillants -un peu de fièvre peut-être?- la rassurent sur mes bonnes dispositions... "Que pensent tes parents à ce sujet?" Sic! Mes parents ... Bien entendu, ils savent que je suis atteinte d'un cancer du sein, comment le leur cacher hein? Mais il s'était avéré impossible que je leur expose toute la situation, et certainement pas de leur parler des métastases osseuses mises à jour par le PETscan... Dans un élan de lâcheté, j'avais eu terriblement peur de m'effondrer devant eux, eux à qui je dois la vie, en leur faisant partager ma plus grande terreur en scandant aux mileu des larmes: 'Papa, Maman je vais mourir...'

Ah ça non!!! J'avais pas pu, trop douloureux, un aveu impossible. L'aveu au delà duquel il me semblait impossible de les protéger de ces sombres visions, où ils auraient entr'aperçu leur fille embrasser la mort sur la bouche, où ils auraient assisté -impuissants- au délitement cruel de la chair de leur chair ...



Comment aurais-je pu?
Je n'avais donc rien dit...

A suivre ...

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lundi 17 septembre 2007

L'aveu forcé -1-

Au début de l'été, j'ai reçu un coup de fil assez inattendu, d'une femme chez qui j'avais habité il y a 6 ans, à l'autre bout du monde, qui était devenue mon amie au fil des mois et de la vie partagée. Voilà des années que nous ne nous étions plus revues, quelques nouvelles parfois au gré des mails. Et bien entendu, je lui avais écrit la nouvelle de mon cancer, qui l'avait bouleversé, et fortement mobilisé.
Ce coup de fil disait: "J'arrive aéroport demain soir, it's ok?"
Du fond de ma fatigue post-chimio, j'ai été éblouie
-aveuglément- par son -si long- voyage qui n'avait que pour seul objet: venir me voir, s'occuper de moi, l'espace de quelques jours! It's ok! ai-je répondu enthousiaste, portée dès lors par ce 'demain' surprenant...

Ah oui ça, des surprises eh bien j'allais en avoir, pas forcément agréables d'ailleurs.


à suivre ...

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samedi 4 août 2007

Investir le futur

-Fin d'été 2006-

<< tu sais à l'intérieur il y a une partie entièrement maçonnée …>> et disant cela il accompagnait ses mots d'un geste de la main, reproduisant possiblement une truelle en train de gâcher des briques rouges… Étrange, sait-il seulement tenir correctement un truelle, ou parfaire un plâtre aux proportions idéales et obtenir une finition tout juste poudrée? Peu importe dans le fond, car dans cet instant sa main «tenait» bel et bien cette truelle, au moment où ses lèvres prononçaient « maçonnée…entièrement maçonnée ».

« Et un plafond à la française, avec des poutres … » , son doigt montrait le ciel, alors j'ai levé la tête mais n'y ai vu que la couleur passable du parasol fatigué, qui nous abritait néanmoins du soleil post-augustin encore vaillant …Ses mains tenaient les miennes « je t'emmène le visiter…».

J'étais très excitée, c'était la grande aventure pour moi de devenir propriétaire. L'épreuve du feu! M'ancrer matériellement dans la vie, investir le futur, me réinsérer enfin!

Un dédale de rue et quelques pavés plus loin, il a glissé une énorme clef dans la serrure d'une lourde porte à l'ancienne: elle ne grince pas et s'ouvre sur un hall propret, avec une mosaïque en inclusion comme une message secret [j'adore les messages secrets]… puis un escalier en pierre de taille qui s'enroule sur une rambarde de fer forgé…enfin une autre porte et nous entrons. Enfin pas exactement...
Lui d'abord…
Moi je n'ose pas ...
Il y a comme quelque chose de transgressif à franchir ce seuil…

Et si tout ce bonheur me portait malheur?

Cette sombre idée bien que fugace se distille en moi tel un poison...
J'ai peur.

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