vendredi 12 septembre 2008
Après la pluie
J'ai cru qu'il pleuvait mais n'ai rien vu, mes lunettes tombées du nez, pour mieux pleurer. Et maintenant je ne peux même plus lire l'histoire d'une courgette ni son autobiographie. J'ai mal mais ne préfère pas trop y penser, je me dis qu'elle n'est pas à moi, la douleur, qu'elle ne fait que passer; je me sens triste et embuée, mais je ne veux pas trop le raconter non plus: temps perdu. Je veux déménager dedans et chez moi, j'ai tiré quelques affaires, alors les forces m'ont quittées, fâchées à me crier dans les oreilles que je suis folle de ne pas attendre qu'on vienne m'aider. Je suis punie, c'est pour cela que j'ai mal qu'il pleut que je ne vois rien des lunettes tombées du nez. Mes larmes, sont des cailloux, à cause de la poussière d'os dans les yeux, qui dégorgent avec peine, avant de tinter au sol dans une sonorité curieuse. Il fait tout gris, je crois que je suis devenue le drap du lit.
'amé agara...'
mardi 9 septembre 2008
Imago
Cela devient plus difficile -il me semble- de trouver sur mon visage autre chose que les stigmates de la lassitude médicamenteuse. Et ses marques comme au feutre.
Poudres, fards, fluides, crèmes et crayons ne miroitent plus comme avant dans mes mains, je reste désormais le plus souvent indécise sur le ton à donner, la couleur à accorder. Je le fais encore, oui bof par habitude, me maquiller.
Mais je ne ressens plus 'ce' plaisir à 'me faire belle', tant la fatigue qui déverse ses boues, rends impropre l'image qui revient vers moi après être passée par le miroir.
Mon corps non plus ne me ressemble plus vraiment, il fait pâle copie, raboté ça et là, qui grince et dolorise mes matins chagrins. Je le sais, combien il y a d'orgueil à se vouloir 'belle'; je dis 'belle' mais c'est en toute relativité
évidemment. Je parle simplement d'une beauté qui respirerait au moins la santé, le reste
s'accorderait avec le panache des étincelles et de ses évidences.
Je me souviens quand j'allais bien...cette 'autre vie' qui me semble étrangère tant elle est loin.
Ainsi, parfois, inutile, j'arrondis les
lèvres pour me murmurer des choses, oh pathétique! mais voilà que je tangue, brindille hasardeuse dans un canal lacrymal, avant de chavirer ...
mercredi 3 septembre 2008
En sera-t-il toujours ainsi?
Peu de mots sinon rien;
alors laisser dire les poèmes rencontrés
au détour d'un musée...
dimanche 31 août 2008
Forme obligée
La maladie me porte souvent sur une réflexion autour de la solitude, (et du partage). Parce que si l'on peut vivre (ou pas) entouré, la maladie, comme la souffrance et la mort, s'expérimente entre soi et soi.
Une forme obligée de solitude, et de dépouillement.
Je suis d'une nature assez solitaire, et je m'en vante assez d'ailleurs ... Je me dis 'tant mieux!', car probablement que si je suis assez solitaire tout au long de ma vie, cette forme obligée où tout prends fin me paraitra moins difficile.
Mais ensuite comment savoir (quand?) (et comment?) 'bien' partager parfois ce qui ne semble pas pouvoir l'être?
A la vérité je n'en sais rien; mais je persiste à défendre mes territoires de solitudes où je choisis à volonté les nuances du ciel ...
ps: je dois vous laisser à votre dimanche, que je vous souhaite aussi chouette que le mien: je reçois des amies héhé .. Comment ça ça ne colle pas avec le billet du jour?
Mais si, relisez bien! Tssssss ... ^ ^
ps2: oui oui oui, pfff je sais je sais! Je n'ai pas encore répondu à vos mails, appels téléphoniques et adorables messages sur mon répondeur de crâneuse (Pascal si tu me lis ... ^ ^ ) mais c'était le débordement estival. Promis tout vient à point, avec la rentrée!
;-D
vendredi 18 juillet 2008
Sans horaire fixe
Mon corps me fausse compagnie un cancer après l'autre sans attendre le bel âge. J'entre régulière en mélancolie à regarder la vie et son ruban infini au devant de, sans moi...ou pas tout à fait. Légère nuance. Trop peu, pas assez.
Alors je me dis qu'il vaut mieux apprendre, et le plus tôt! à se résoudre aux adieux: adieu au corps en premier.
Adieu jambes fines chevilles, ongles des pieds vernis rouge laqué alizarine, mollets ronds, cuisses fermes, grain lisse de la peau et souvenir ambré, plus haut entrecuisse ourlée et ciselée, légère toison brune qui ombre le pubis, adieu fesses vivantes et hanches rondes, cambrure pas sage, ventre doux, petits seins pleins tout écorchés, épaules et nuque devant derrière, cou et grain de beauté, adieu visage discret lèvres gourmandes, yeux en amandes, sourcils dessinés, un peu de rouge sur les joues et bras qui arabesquent quand je tourne sur moi-même pour rebeller la robe, la faire valser sur le haut des cuisses.
Adieu aussi femme, enfant, fille, compagne, épouse, amante, mère, soeur, amie... Tout disparaît, cancellé, effacé, oublié. Bientôt... Mais ce n'est pas très grave, puisque un 'sans-jour' plus rien n’aura d’importance, plus rien.
Je n'ai nul pouvoir de conserver, retenir, préserver. Je le sais.
Se résoudre aux adieux. Puisque tout s’en va, à tire d’ailes…le corps en premier.
Tout s’en va et rien ne reste.
C'est ainsi.
Inexorable dissolution dans des marées sans équinoxes, sans horaire fixe.
lundi 7 juillet 2008
Voilà l'été ...
C'est l'été!
Voilà l'été!
Aah! Evasions, étendues d'eaux salées, bleu ciel et mer, douces folies ...
Cela est peut-être dû à la fatigue liée aux traitements, ou bien à la grosse chaleur qui déferle par ici, ou bien [...] ... quoi qu'il en soit, une grande lassitude me berce depuis deux jours, ou trois. Une sorte d'ennui morne et plat; et ce qui d'habitude a pour vertu de chasser les nuages filandreux et la mélancolie n'y change rien. Au mieux m'agace. Je voudrais bien pleurer aussi mais même cela ne vient pas. J'attends l'orage et ses grosses gouttes qui ravinent et lavent tout. J'attends l'orage et rien ne vient. Il fait lourd. Je voudrai tellement m'évader... et ne plus rien ressentir. Je cherche un confort glacé d'où rien ne me toucherai plus jamais...
jeudi 19 juin 2008
Echec et mat?
Cancer
Rechute(s)
Récidive(s)
Métastase(s)
...
etc
...
Ce ne sont pas simplement des mots, cela est 'ma' réalité. Ce sont des pièces engagées sur un échiquier pour lequel je ne sais plus quelle pièce jouer pour être sûre d'avancer dans la bonne direction, et contrarier la certitude d'une fin de partie plutôt triste.
Déjouer la Mort, qui le peut?
Mais si au moins il m'était possible de la renvoyer à plus tard, dans un avenir où j'aurai eu l'opportunité de vivre, de partager, d'aimer, de transmettre, de générer de la beauté, des sourires, des battements de coeur ... !
Et puis, je tiens à le souligner, il n'est pas très exact de dire que l'espoir fait vivre, non! l'espoir fait souffrir, parce que l'espoir est une si petite chose, si facilement déçue. Comme peler le peau d'un grand brûlé: après, tout est à vif, à fleur de peau.
Dans la rechute, je butais déjà sur l'espoir déçu. Alors avec la re-rechute, l'Echec est encore plus cuisant, j'ai la peau à vif.
J'ai le sentiment de ne pas avoir su faire ce qu'il fallait pour l'éviter.
Pourtant c'est pas faute d'avoir essayé!
J'en ai passé des thérapies-machin [onéreuses!], en tous sens, point trop non plus.
Le bon équilibre!
Croyais-je...
"Ah! me sussure-t-on, c'est que si avec tout ce que j'ai mis en oeuvre, je rechute, c'est que je n'ai pas dû comprendre quelque chose, ou pas bien faire ceci, ou pas faire cela. (Eh oui, c'est de ma faute hin hin hin...) La solution est en moi, si je voulais je la trouverai, je me donnerai les moyens etc ..."
Imaginez comme il est très 'agréable' de se sentir mourir, de se débattre de toutes ses forces dans l'âcre bouillon, et en prime de se faire montrer du doigt comme étant la coupable numéro 1 de sa maladie!
Alors oui c'est vrai, je suis découragée,
et je n'ai plus foi en l'espoir,
puisque ce n'est pas lui qui me fait vivre...
Echec et mat?
lundi 16 juin 2008
La sourde oreille
Le corps douloureux, qui pèse comme mazouté à l'intérieur, et l'esprit confus, brouillé, noyé surtout. Dans un halo, l'entourage qui exhorte au courage, à la patience. Parce qu'ils y croient tellement, eux, que je leur dit 'oui' pour ne pas trop les décevoir, pour ne pas les priver de leurs espoirs dont ils ont tant besoin, pour avancer.
Pourtant la maladie est toujours là; montée d'un cran encore même.
Et elle se charge bien de me mettre à genoux, de me montrer combien est inutile la vanité du corps, l'orgueil de l'esprit.
Le cancer, hasard organique ou peut-être -qui sait- mystère divin, est indépendant de toute pensée, et ne saurait entendre ni les prières ni l'espoir conjugué.
mercredi 11 juin 2008
Je n'aime pas les gens
Stratégiquement, je me suis installée à l'écart, dans le coin au fond, de manière à ne pas être collées les unes aux autres.
Il n'y a personne juste à côté de moi, mais nous sommes néanmoins nombreuses à attendre que la porte du Docteur C. s'ouvre et nous invite à entrer...
Une dame fait les cent pas, exaspérée, exaspérante; sa chaussure colle au lino et fait un méchant bruit de ventouse à chacun de ses petits nombreux pas.
Une autre explique avec force détails l'intérêt du manger 'cuit' pour éviter les diarrhées ... Charmant.
Le fond sonore est constitué de bilans sanguins commentés à grands renforts de 'ah!' et de 'oh'; on cause de sa dernière chimio. Passionnant.
Une dame s'inquiète tous les quart d'heure de l'heure à laquelle les unes et les autres étions convoquées, compare avec son propre horaire, calcule le retard, souffle de désapprobation.
Je n'aime pas les gens, voilà ce que j'arrive à me dire...
Une personne s'installe près de moi. Cela m'irrite. Je n'aime pas les gens.
Elle a la bouche sèche et pâteuse. Je le sais parce qu'elle tente de générer un peu de salive, pour soulager ses muqueuses, en collant sa langue un peu partout dans sa bouche. Petits bruits désagréables. Sensations d'une langue parchemin qui cherche l'eau.
Cela dure un peu.
J'ai la nausée.
Je n'aime pas les gens. J'ai la nausée.
Le Docteur C. ouvre sa porte, m'invite à entrer.
Il me dit que c'est normal d'avoir la nausée quand on vient à la clinique, un réflexe mémoire.
Il m'explique mon protocole et me dit à demain.
Je n'aime pas les gens, ni le Docteur C, ni sa secrétaire, ni personne...!!!
vendredi 6 juin 2008
En dehors de
« - allô?
- ah
bonjour! [ravi] alors qu'avez-vous décidé concernant
vos horaires de mi-temps thérapeutique?
Il nous tarde de nous
avoir avec nous! [dynamique, sincère]
- eh
bien, c'est juste, que, je suis tellement désolée si
vous saviez, mais je ne pourrai pas, je ne reviens pas encore, là,
eh bien non, je dois reprendre des traitements, oui, la semaine
prochaine, des chimiothérapies oui, pour combien de temps je
ne sais pas... je suis désolée j'aurai bien voulu
mais... »
J'ai
hésité deux heures environ avant de trouver le courage
de téléphoner à mon nouvel employeur, la société
dans laquelle j'exerce a été reprise récemment.
J'y vais, j'y vais pas : une ronde terrible. Comment expliquer sans
trop en dire non plus, comment le dire sans laisser la tristesse qui
me pique les yeux et la gorge noyer ma voix ...
Je n'ai pas su 'bien faire', j'ai pleuré en me confondant en excuses; mon employeur tout autant ému que moi, je l'entendais dans sa voix, m'a rassuré de son mieux, que je n'avais pas à m'excuser, que ce n'était pas de ma faute ...
Pourtant
je ressens de la culpabilité à être malade, et je
me sens particulièrement désociabilisée en fait.
En dehors de ... / Out ...
Sans légitimité sociale.
Sans
aucune progression possible.
Derrière la vitre qui me sépare des 'autres', je suis spectatrice forcée des vies trépidantes, actives, pas forcément heureuses soit! mais qui avancent, évoluent autour de moi, et moi je me sens rétrécir; et je m'ennuie terriblement.


